Relazione annuale del presidente in lingua francese

Traduzione di Fr. Roger Houngbedij

22/04/2012

Chers amis,

Je voudrais d’entrée de jeu commencer par le point le plus critique, à savoir la crise économique qui pèse sur nous, avec des difficultés croissantes et de graves incertitudes pour  notre avenir et celui de nos enfants. C’est un de ces moments terribles où on a une forte envie de se sauver, ou bien résoudre avant tout nos problèmes contingents, arriver à la fin du mois, conserver son travail, prévoir la possibilité d’affronter d’éventuels imprévus, l’éventualité qui aujourd’hui nous effraie particulièrement. Tous nous savons que tel ami nous est cher, que tel autre a perdu son travail, que telle famille a de graves problèmes de santé, que telle entreprise ferme ses portes.
Quel est alors l’espace pour une action concrète adressée aux autres ? Quel est l’espace d’une association qui vise à apporter une aide à ceux qui se trouvent en difficulté, si nous mêmes n’avons pas souvent la solution pour les nôtres? Eh bien, je crois que c’est maintenant plus que jamais que nous devons rester ouverts afin de trouver une volonté sincère pour écouter les cris d’aide, très souvent tus par les personnes qui vivent les mêmes difficultés que nous ou souvent des difficultés plus graves que les nôtres. C’est le moment d’éviter de toute façon de se replier sur soi-même et d’affirmer à qui est près de nous avec des paroles et surtout avec des gestes, que personne ne doit se sentir seul, que c’est ensemble que nous pourrions nous sauver d’une finance qui n’a aucune considération pour l’homme, d’une technique qui n’est pas un moyen mais une fin en soi, de la solitude et de l’abandon. C’est en de pareilles circonstances que nous devons chercher autour de nous prêts à tendre plus que jamais la main. Je ne pourrai jamais oublier un épisode que j’ai vécu au Guatemala durant la Messe, quand un homme sans chaussure, sale, très maigre vêtu littéralement en haillons, visiblement malade, qui à l’offertoire avec un léger sourire et des yeux brillants, fouilla longuement dans ses haillons et trouva un sou. Non je ne l’oublierai jamais. Mieux que n’importe quel discours, mieux que n’importe quelle association humanitaire, cet homme a démontré pour toujours que la solidarité, la proximité entre les hommes ne dépend pas de ce qu’on a mais de ce qu’on est et de ce qu’on ressent. Cela dépend aussi de la volonté d’être vie et espérance pour les autres, indépendamment de la situation où l’on se trouve, plus ou moins favorable, plus ou moins sûre, de la volonté d’être pain pour les autres même s’ils sont reniés, exclus, affligés.

Les ressources destinées aux associations ont diminué cette dernière année au moins de 30%, ce qui est totalement compréhensible. Cela suppose que chacun donne ce qu’il peut mais l’essentiel, ce auquel nous ne pouvons pas renoncer c’est que nous continuons à le faire malgré tout, bien que dans des mesures diverses. Je crois vraiment que ce que nous devons plus que jamais faire nôtre aujourd’hui est que ce n’est pas ce qu’on donne qui est le plus important mais comment on le donne et pourquoi on le donne. C’est le plus grand souhait que je me fais d’abord et ensuite à chacun de vous, de sorte qu’avec nos croissantes préoccupations, nous puissions continuer de donner notre petite monnaie avec le même sourire et la même lumière aux yeux qu’avait cet homme au moment où il donnait simplement.

Certains gestes, certaines actions ont une valeur universelle, qui fait abstraction des temps et lieux, mais laissant une marque pérenne. Guatemala, Honduras, Afrique, Albanie, notre voisin de maison, quelle différence y a-t-il ? Est ce qu’il y a un sens à circonscrire  physiquement tel ou tel contexte et établir des priorités, ignorer un désespéré en faveur d’un autre tout simplement parce que nous avons estimé qu’il soit loin de nous ? Mais loin de quoi? Essayons de penser à l’un de ces êtres humains sans espoir, adulte, vieux ou enfants. Essayons d’imaginer qu’ils sont muets, et nous ne savons rien de leurs origines, de leur langue. Essayons de nous arrêter sur leur regard, par exemple sous le regard d’un enfant. Eh bien je défis quiconque qui trouvera des différences dans ce regard, et comprendra où il vit si c’est loin ou proche de nous de quelle race est-il ? Quelle langue parle-t-il ?

Cet enfant pourrait être notre fils, il est notre fils. Ne donnerions-nous pas à notre fils notre nourriture ? Ne ferions-nous pas tout ce qui est nécessaire pour sa protection, pour le sauver ? Et voilà qu’un geste, un simple geste, dans n’importe quelle région du monde, naisse et à n’importe quelle partie du monde soit posé, assume justement une valeur immense, vitale, universelle.

Il est fréquent  d’entendre dire ce type de phrase « avec tous les problèmes que nous avons ici » etc., etc. mais personnellement j’ai vraiment des difficultés à comprendre ce que tout cela signifie, à comprendre quelle différence y a-t-il, surtout quand il n’y a pas de choix précis comme dans le cas de notre association. Mais il arrive qu’adviennent des rencontres où nous nous trouvons sur une route au lieu d’une autre dans un lieu plutôt qu’un autre. L’histoire de notre petite association a fortuitement commencé au Guatemala et a continué dirais-je naturellement dans d’autres lieux comme quand on suit un sentier inconnu et souvent incohérent mais bien tracé qui s’ouvre au fur et à mesure sur de nouveaux angles, nouveaux raccourcis. Quel sens y aurait-il à dire non ? D’autant plus que chacun peut choisir le domaine où il peut agir. L’important est qu’on le fasse, qu’on regarde la personne qu’on rencontre occasionnellement et qu’on agisse, indépendamment de l’implantation de l’association dans laquelle évidemment  on adhère.

Mais aussi dans les limites de notre association, que soient bienvenues les initiatives de soutien pour nos réalités locales ; si nous ne l’avons pas encore fait du moins en une petite partie, c’est seulement parce que nos ressources sont limitées, et il me parait insensé d’abandonner ce sentier où nous nous sommes engagés il y a des années comme association pour un autre, même s’il y a beaucoup de similitude.

S’il y a une différence, c’est surtout dans les dimensions des problèmes et dans les faits certainement pas négligeables. Dans nos sociétés « avancées » le plus gros problème semble être maintenant la solitude et le manque de spiritualité. Mais la pauvreté matérielle, se référant à des besoins vitaux et fondamentaux comme la nourriture et la santé, du point de vue des lieux où nous avons commencé, est pour nous incomparable. Si aujourd’hui il est admis que toutes les six secondes un enfant meurt de faim ou d’une autre forme de privation grave, on sait qu’en Italie ce n’est pas le cas, et Dieu merci. Mais cet enfant, je le répète, pourrait être notre fils, il est notre fils.

Il me vient souvent à l’esprit une question que Mère Teresa a posé à un délaissé parmi tant d’autres au milieu desquels elle vivait, pourquoi lui ? Pourquoi lui et non moi ? Et avec le Père Mario l’année dernière nous nous demandions : pourquoi sommes-nous ici ? La réponse n’est pas facile comme cela peut le paraitre, du moins pas pour moi. Je pense aujourd’hui qu’il y a une réponse possible : simplement parce que je puisse l’aider et surtout l’aimer. Ceci est l’unique chemin qui peut nous sauver tous, moi lui, nous, et eux.
Et voilà que durant l’année écoulée, malgré les difficultés croissantes, avec le type d’interventions qui nous ont caractérisés dès le départ, nous avons insisté sur ne serait-ce que de petites choses, de petits gestes,  mais  vraiment adressés à de singulières personnes en les regardant un par un dans les yeux. Peut être parce que nous connaissons particulièrement presque toutes les personnes à qui nous destinons notre aide, en Honduras, en Guatemala surtout, mais aussi en Albanie et moins en Afrique où nous ne sommes pas encore allés mais où nous suffisent les yeux et le cœur du Père Roger Houngbédji, notre très cher ami qui coordonne les missions dominicaines en Afrique de l’Ouest.

Nous avons donc continué avec les projets de soutien à distance pour les plus petits en Guatemala et en Honduras et avec le soutien des études pour les jeunes plus grands toujours en Honduras, où un tel engagement a reçu une impulsion particulière et extrêmement précieuse, grâce à la générosité de Joseph et Angela Chaia Noya, dont je vous parlerai davantage plus tard.

Nous avons apporté de l’aide à une mission dominicaine au Burkina Faso à un moment particulièrement difficile, en fournissant un véhicule qui s’est révélé très précieux pour sauver les étudiants de la mission menacés par la guerre. Nous avons contribué à la construction d’une structure didactique à Leizhe en Albanie, auprès d’une mission des sœurs Servantes de Marie.

Je vous informerai en détail sous peu de ces projets et des nouveaux, avec l’aide des relations en provenance de Honduras et d’Albanie.

A présent, je voudrais, avant de conclure et laisser la parole à Lorita, attirer l’attention de tous sur un aspect que je pense d’une très grande importance et que je sens cette année le besoin de réaffirmer avec force.

Nous savons bien qu’en matière d’associations, il y en a beaucoup, de toutes sortes et de grandes utilités. Mais qu’est-ce qui caractérise une association chrétienne et catholique? Quel est le sens de l’agir d’une association comme la nôtre? Quelle différence y a-t-il entre émotivité et bon sentiment, entre les nobles sentiments de solidarité humaine, de justice  et une association chrétienne catholique ?  Qu’est ce qui différencie un esprit philanthrope d’un chrétien?

Je n’ai certainement pas la capacité de répondre de manière exhaustive et il me manque surtout le don de simplicité du père Mario, je n’ai pas sa sagesse (sapientia cordis), mais je voudrais de la même manière essayer d’exprimer la conviction que j’ai de l’esprit chrétien.
Avant tout si nous nous disons croyant notre croire devrait guider nos actions et nos pensées. Nous devrions rechercher continuellement une cohérence entre la foi et la vie réelle. En effet  croire ne suffit pas : il est nécessaire de témoigner de sa foi, par la parole et surtout par les œuvres et en même temps être certain, que les plus puissants instruments ne sont pas cependant indispensables. Les ressource matérielles fondamentales (économiques, etc) sont indispensables parce que les personnes sont bien nourries, bien traitées, visitées (il y a cependant le droit humain universel, consacrant  certains aspects et sont toujours une valeur qui devrait nous unir tous). L’instrument de secours et de changement le plus puissant est la prière. Le temps dévolu à la prière face à la souffrance n’est pas du temps perdu par rapport à l’action, mais c’est trouver toujours de plus grandes ressources vitales, c’est s’approcher toujours plus de l’amour originel, créateur et salvifique.

Saint Mathieu dans son Evangile rapporte les paroles de Jésus: «ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu»

Une association chrétienne et catholique œuvre dans la conviction que seul l’amour du Christ peut en vérité changer le monde, et non les idéologies ou la politique, même la plus illuminée, et moins encore une révolution, parce que la douleur, la solitude la souffrance ne seront jamais complètement vaincues, parce qu’elles font partie de l’essence et du cheminement de l’homme. L’erreur fait partie de l’homme. Observons comment se font les aides aux pays en voie de développement. Même si elles sont faites de bonne foi, elles sont basées sur des critères exclusivement techniques et d’assistance, et elles ont donné très peu de résultats. Il manque l’Amour et la Vérité qui seront toujours nécessaires même dans la société la plus juste.

Mais de quel amour parlons-nous ? Non d’une vague débonnaire sentimentalité mais de Dieu lui-même comme nous l’enseigne saint Jean (1 Jn 4, 8.16) « Dieu est amour » « la charité  est la grâce » (charis) et donc amour reçu et donné. Deus caritas est, Dieu est amour origine et fin de tout. Et Dieu s’est fait visible dans le Christ son Fils, qui par sa vie et sa mort et sa résurrection a indiqué la Vérité a incarné la Vérité, vrai scandale pour tous

Ceci est la vérité dont nous parlons, l’unique pour les croyants dans un monde qui relativise tout, qui offre mille vérités.

A propos de la vérité, je m’étonne toujours en pensant à ce que saint Augustin a révélé à propos de la demande faite par Pilate à Jésus « mais qu’est-ce que la vérité ? Quid est veritas » quand il notait que l’anagramme de ces paroles est « Est vir qui adest », c’est l’homme que tu as devant toi.

En définitive, une association comme la nôtre accueille le Christ comme lui-même demande de l’être, c’est-à-dire le Chemin la Vérité et la Vie, et elle agit en sachant que la charité et la vérité sont la force principale pour le vrai développement de chaque personne et l’authentique développement des peuples.

Toutes ces valeurs sont exprimées de façon claire, magistrale et totale dans les deux splendides  Encycliques de Benoit XVI « Deus

aritas Est » et « Caritas in Veritate », que je me permets de vous inviter avec ardeur à lire.
Même l’abbé Thomas Merton a très bien exprimé en peu de mots le sens de la charité et de la vérité. Il dit en effet que:

« La vie spirituelle se résume dans l’aimer.
On n’aime pas parce qu’on veut faire du bien à quelqu’un, l’aider, le protéger. Agissant ainsi nous nous comportons comme si nous voyons le prochain comme un simple objet et nous mêmes comme des êtres généreux et sages. Ceci n’a rien à voir avec l’amour.
Aimer signifie communiquer avec l’autre et découvrir en lui une parcelle de Dieu ».

Exactement comme en cet homme de l’offertoire dont je vous ai parlé au début de ces réflexions à cœur ouvert, un pauvre parmi les pauvres, exactement comme tous les visages que nous avons rencontrés dans les bidonvilles de Honduras, dans les villages perdus de Guatemala, dans l’orphelinat en Albanie et que personne ne semble voir.

Nous n’avons donc pas besoin de mythe, nous n’avons pas besoin d’un Che Guevara, nous avons besoin du Christ.

Si nous voulons vraiment parler de mythes pour nous ils s’appellent monseigneur Gerardi, monseigneur Romero, Tullio Maruzzo, Obdulio Arroyo, Shahbaz Bhatti, ils ont le nom de tous les religieux et les laïcs qui comme le Christ, et dans la lumière de son amour et de sa vérité,  se sont donnés eux-mêmes pour tous.

Il s’agit là, qu’on le veuille ou non, d’une association chrétienne, catholique. Tels sont les fondements à partager si on veut cheminer avec le groupe Quetzal, ce sont là les instruments avant les objectifs. Cet esprit,  je le défendrai et l’affirmerai avec force tant que j’ai l’honneur et la responsabilité de représenter notre association.